Trois vagues de chaleur entre le 22 mai et la mi-juillet, 29,8 °C de moyenne sur toute la France le 23 juin — jamais vu depuis 1947 —, 43,8 °C à Saintes (Charente-Maritime) le lendemain, 32 000 hectares déjà brûlés au 13 juillet : l’été 2026 met l’agriculture française à rude épreuve. Dans cet épisode de Soluble(s), Serge Zaka, ingénieur agronome, docteur en agrométéorologie et fondateur d’AgroClimat 2050, explique comment préparer nos champs et nos fermes au climat qui vient — une France à +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100, la trajectoire retenue par l’État.
L’essentiel
Ce qu’il faut retenir
Le constat, les repères clés et les ressources utiles de l’épisode.
Ce qu’il faut retenir
Le constat, les repères clés et les ressources utiles de l’épisode.Alors que l’été 2026 bat des records de chaleur, l’agroclimatologue Serge Zaka explique comment sols vivants, nouvelles cultures et gestion de l’eau peuvent adapter l’agriculture française au climat de 2050.
Ce qu’on sait
- Le risque le plus méconnu n’est pas la canicule mais le manque de froid hivernal, qui compromet la floraison des arbres fruitiers.
- La canicule de juin 2026 a tué entre 3 et 6 millions de volailles dans des bâtiments d’élevage non conçus pour ces chaleurs.
- Un sol retrouve une vie satisfaisante en 2 à 7 ans, mais structurer une nouvelle filière agricole demande 20 à 30 ans.
Ce qu’on peut faire
- Régénérer les sols par la réduction du labour et l’usage de couverts végétaux.
- Se renseigner sur les modèles de rémunération des services écosystémiques agricoles (carbone stocké, eau infiltrée), sur le modèle des paiements directs suisses.
- Privilégier une consommation de viande et de produits locaux et français, pour mieux rémunérer les éleveurs.
Passages clés
- 11:20 — Le manque de froid, le risque le moins connu du grand public.
- 14:51 — Entre 3 et 6 millions de volailles mortes pendant la canicule de juin.
- 21:23 — « Le sol c’est la base ».
- 35:49 — Le sol se régénère en 2 à 7 ans, une filière en 20 à 30 ans.
- 43:44 — Excès d’eau en hiver et l’exemple suisse de la rémunération.
Aller plus loin
Le sol vivant agit comme une éponge qui amortit les à-coups climatiques, mais cette adaptation ne suffit pas sans une vision politique à l’échelle des vingt à trente ans que demande une filière agricole.
Le danger le plus méconnu ? L’hiver trop doux
Contre-intuitif : pour Serge Zaka, le risque climatique le moins connu du grand public n’est pas la canicule, mais le manque de froid. Un arbre fruitier a besoin d’un bon cumul de froid hivernal pour bien fleurir — et sans bonne floraison, pas de rendement.
S’y ajoute une mécanique désormais bien installée : douceur hivernale et floraisons précoces exposées aux gels d’avril, comme en 2021, canicules plus fréquentes et plus intenses qui débordent sur mai et septembre, sécheresses longues pour les cultures d’été, excès d’eau hivernaux pour le blé, l’orge ou le colza.
Les élevages ne sont pas épargnés : la canicule de juin 2026 a tué « entre trois et six millions » de volailles, dans des bâtiments propres mais jamais conçus pour ces températures. L’adaptation passe donc aussi par le bâti : « investir dans des ventilations, brumisations et types d’aération du bâtiment ou changement de couleur, changement de matériaux », détaille l’agroclimatologue. Mais faute de revenus suffisants, « on est dans une impasse où l’agriculteur ne peut plus faire ses travaux de transition ». Et il prévient : « plus on retardera l’adaptation, plus elle sera coûteuse ».
Été 2026 — au 13 juillet
Un été qui met l’agriculture à l’épreuve, avant même la mi-juillet
Données arrêtées au 13 juillet 2026, date d’enregistrement de l’épisode. Sources : Météo-France, ministère de l’Intérieur, Serge Zaka dans Soluble(s).
Émetteur et pourtant porteur de solutions : le paradoxe agricole
L’agriculture est souvent pointée du doigt pour ses émissions, et les chiffres le confirment : c’est le deuxième secteur émetteur de gaz à effet de serre en France en 2025, derrière les transports (environ un tiers des émissions nationales) et devant l’industrie, avec 77,5 millions de tonnes équivalent CO2 en 2024, soit plus de 20 % du total national, selon le Citepa. Le Haut Conseil pour le climat, dont le rapport publié le 9 juillet juge que la France « n’est pas prête » et doit « changer d’échelle », a d’ailleurs été sévère : les émissions agricoles n’ont baissé que de 0,7 % en un an. En cause, notamment, le méthane des élevages bovins, qui pèse la moitié des émissions du secteur.
>> Lire aussi : Climat – S’adapter à +4 °C en France : mode d’emploi – Avec Gonéri Le Cozannet (GIEC)
Mais le secteur détient une clé que presque aucun autre ne possède : « l’agriculture peut, en travaillant sur le paysage, l’arbre, le sol, stocker du carbone », grâce à la photosynthèse. Haies, agroforesterie, arbres dans les pâtures, couverts végétaux : « le paysage fait partie des solutions par rapport au changement climatique ». La ligne de crête est claire : « il faut à la fois réduire les émissions de gaz à effet de serre et augmenter le stockage du carbone ».
« Le sol c’est la base »
Première solution, sous nos pieds. Les sols français ne sont pas morts, corrige Serge Zaka : ils sont ralentis. Avec moins ou pas de labour selon les terrains et des couverts végétaux, un sol retrouve une vie satisfaisante « entre deux et sept ans ».
Un sol vivant fonctionne comme une éponge : il retient l’eau, fait baisser sa température, absorbe mieux les pluies. Un tampon qui fait gagner quelques jours à quelques semaines face à une sécheresse ou une inondation — précieux, mais pas magique.
La carte agricole de 2050 se dessine maintenant
Les modélisations de l’agroclimatologue redessinent la France : melons, tomates et tournesols remontent vers la Normandie et Nantes, l’olivier s’implante autour de Toulouse et de Bordeaux, la pistache, le kaki ou la pêche plate arrivent par le sud. Le maïs recule sur les sols peu profonds du Sud-Ouest mais progresse en Normandie et dans le Nord-Pas-de-Calais, avec de meilleurs rendements attendus.
Le vrai goulot d’étranglement n’est pas technique : structurer une filière — génétique, logistique, transformation, débouchés — prend « vingt à trente ans ». Un arbre fruitier met cinq ans à donner son premier fruit. Une vision politique à cette échéance ? La réponse de l’invité est sans détour : « non, non, non ». Et ce ne sont pas trois milliards mais des centaines de milliards d’euros qu’il faudrait mobiliser, forêt comprise.
Les temporalités de l’adaptation
Trois horloges qui ne tournent pas à la même vitesse
Source : Serge Zaka, docteur en agroclimatologie, dans Soluble(s) — épisode enregistré le 13 juillet 2026.
L’eau : stocker, « juste inévitable » — mais pas n’importe comment
Serge Zaka vient de publier une image satellite parlante : dans le Centre-Ouest, des parcelles irriguées souffrent plus en 2026 qu’en 2025, au même endroit. Certains seuils de chaleur dépassés, « l’eau ne suffit plus à éviter les pertes de rendement ».
Sur les réserves d’eau, il refuse le pour ou contre : stocker de l’eau est « juste inévitable », mais tout dépend de ce qu’elle sert. Une réserve destinée uniquement au maïs d’export relève de la mal-adaptation. La bonne réponse est un « puzzle de solutions » : haies qui coupent le vent, sol vivant, génétique adaptée, irrigation connectée, espèces plus sobres.
Payer ce que l’agriculteur rend, pas seulement ce qu’il produit
Reste le nerf de la guerre. La politique agricole commune rémunère encore trop la quantité produite. Serge Zaka cite l’exemple suisse : les paiements directs de la Confédération rémunèrent les prestations d’intérêt général des agriculteurs — entretien du paysage cultivé, biodiversité, eau infiltrée, fraîcheur des villages. Ces services écosystémiques, plaide-t-il, doivent devenir une véritable source de revenu agricole.
Lui a choisi la transmission : une centaine de formations et conférences par an, 27 000 agriculteurs touchés en 2026, et agrometeorologie.fr, premier service d’agrométéorologie gratuit d’Europe, déjà 350 000 visites en un peu plus d’un an. Avec une boussole, revendiquée en fin d’épisode : « Mon objectif, c’est d’apporter de la nuance dans le débat. C’est mon principal rôle. »
Écoutez.
Simon Icard (rédigé avec IA)
🔗 POUR ALLER PLUS LOIN
🗺️ agrometeorologie.fr — le service d’agrométéorologie gratuit de Serge Zaka : https://www.agrometeorologie.fr
📸 Serge Zaka, chasseur d’orages — sa galerie photo : https://serge-zaka.com/
📖 « Orages sur le climat – L’agroclimatologie ouvre un espoir pour notre avenir sur terr »», Serge Zaka (HarperCollins) https://www.harpercollins.fr/products/orages-sur-le-climat-1
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⏱️ TIMECODES :
00:00 — Bienvenue dans Soluble(s)
00:24 — Serge Zaka, agroclimatologue : présentation et contexte de l’été 2026
03:21 — Des orages à l’agroclimatologie : le parcours
04:49 — Du laboratoire au terrain : transmettre aux agriculteurs
06:16 — Le portrait-robot de l’agriculture française
09:58 — Gel tardif, canicules, manque de froid : les risques déjà là
12:04 — Agrométéorologie ou agroclimatologie : la semaine ou 2050
13:54 — Canicule de juin : 3 à 6 millions de volailles mortes, adapter les bâtiments
16:25 — Un secteur émetteur qui peut stocker du carbone
20:35 — « Le sol, c’est la base »
23:56 — Le puzzle de solutions : quelles cultures pour la France de 2050
28:23 — Des agriculteurs prêts, des moyens qui manquent
30:57 — Pourquoi les fermes disparaissent
33:39 — Comment travaille un agroclimatologue : les modèles du GIEC
36:35 — Une vision politique à trente ans ? « Non »
38:17 — L’eau : stockage « inévitable » et mal-adaptation
43:44 — Excès d’eau en hiver et l’exemple suisse de la rémunération
46:56 — L’agriculteur, grand oublié des politiques publiques
50:25 — Apporter de la nuance dans le débat
53:08 — Le service cartographique en accès libre
56:43 — Conclusion







